Le concept d’égoïsme est né à la veille de la Révolution française pour supplanter l’amour-propre comme manifestation du mal moral par excellence. Or la comparaison des deux concepts montre que le passage de l’un à l’autre traduit une sécularisation de la réflexion morale : alors que le chrétien augustinien confessait à Dieu son amour-propre comme la racine de tous ses péchés, le révolutionnaire dénonce dans l’égoïsme un attachement des dominants à leurs privilèges. De spirituelle, la faute morale par excellence est devenue politique. Que penser de ce changement de perspective ?