Peut-on être raisonnablement amoureux ?

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Avec Camille Rhonat, philosophe

Dans un refrain de 1967, sur une rythmique rock bien typique de la révolution sexuelle, Gainsbourg chante ironiquement : « un poison violent, c’est ça l’amour ! ». Le couplet reprend ensuite de larges extraits d’un sermon de Bossuet, digne d’être proposé à des élèves à titre de condensé des critiques philosophiques les plus radicales de l’amour : « qu’est-ce autre chose que la vie des sens qu’un courant alternatif qui va de l’appétit au dégoût et du dégoût à l’appétit ? L’âme flottant toujours incertaine entre l’ardeur qui se ralentit et l’ardeur qui se renouvelle, ne lasse point de se divertir par l’image d’une liberté errante ». Les paroles viennent ici contredire le rythme, comme bien souvent au sujet de l’amour la raison vient contredire cet instinct aveugle et indéracinable, qui nous fait croire à la possibilité d’un amour sans raison ni mesure. Mais peut-on être raisonnablement amoureux ? Les philosophes, ces vieux célibataires, se sont généralement évertués à prouver le contraire. Il faudrait alors raisonnablement choisir entre ces deux maux dont il est à priori difficile de dire quel est le moindre : une « maladie d’amour » qui nous empêcherait de jouir de notre raison et une « santé rationnelle » qui nous empêcherait d’aimer. À moins que la maladie d’amour ne recèle la vocation la plus saine de l’animal rationnel, voire même son salut ?

Lieu: Le Collège Supérieur - 17 rue Mazagran 69007 Lyon

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