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L'égoïsme ou les métamorphoses de l'amour-propre
« L’égoïsme, dit Tocqueville, est un vice aussi ancien que le monde. » Cependant, le mot « égoïsme » n’est entré dans la langue française qu’un demi-siècle, à peine, avant que Tocqueville ne hasarde cette affirmation. Il supplante alors les concepts d’amour-propre et d’orgueil au centre de toutes les réflexions sur les causes du mal moral depuis quinze siècles. Faut-il en déduire qu’il s’agirait du même concept sous une nouvelle dénomination ou bien que ce changement de terminologie révélerait un bouleversement des représentations éthiques, théologiques et politiques ? Notre hypothèse est que l’analyse du concept d’égoïsme permet de comprendre pourquoi les homme occidentaux s’aiment excessivement en tant qu’individus tout en haïssant la civilisation dont ils sont les rejetons. Notre haine de soi collective aurait ainsi pour cause première un amour-propre qui dénonce en vain l’égoïsme faute de se connaître sous son jour véritable.